La mélodie encor quelques instants se traîne`Nous entrerons à l'auberge,
Et nous payerons l'hôtelier
De ton sourire de vierge,
De mon bonjour d'écolier.`Tu seras dame, et moi comte;
Viens, mon coeur s'épanouit,
Viens, nous conterons ce conte
Aux étoiles de la nuit.'
Sous les arbres bleuis par la lune sereine,
Puis tremble, puis expire; et la voix qui chantait
S'éteint comme un oiseau se pose; tout se tait.
253 Apparition
JE vis un ange blanc qui passait sur ma tête;
Son vol éblouissant apaisait la tempête,
Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit.
-- Qu'est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit?
Lui dis-je. Il répondit: -- Je viens prendre ton âme. --
Et j'eus peur, car je vis que c'était une femme;
Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras:
-- Que me restera-t-il? car tu t'envoleras. --
Il ne répondit pas; le ciel que l'ombre assiége
S'éteignait ... -- Si tu prends mon âme, m'écriai-je,
Où l'emporteras-tu? montre-moi dans quel lieu.
Il se taisait toujours. -- Ô passant du ciel bleu,
Es-tu la mort? lui dis-je, ou bien es-tu la vie? --
Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,Et l'ange devint noir, et dit: -- Je suis l'amour.
Mais son front sombre était plus charmant que le jour,
Et je voyais, dans l'ombre où brillaient ses prunelles.
Les astres à travers les plumes de ses ailes.