sans tirer ma raison!
Rechercher un trépas si mortel à ma gloire!
Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire
D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison!
Respecter un amour dont mon âme égarée
Voit la perte assurée!
N'écoutons plus ce penser suborneur
Qui ne sert qu'à ma peine:
Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur,
Puisqu'après tout il faut perdre Chimène.Oui, mon esprit s'était déçu:
Je dois tout à mon père avant qu'à maîtresse;
Que je meure au combat, ou meure de tristesse,
Je rendrai mon sang pur, comme je l'ai reçu.
Je m'accuse déjà de trop de négligence.
Courons à la vengeance,
Et, tout honteux d'avoir tant balancé,
Ne soyons plus en peine,
Puisqu'aujourd'hui mon père est offensé,
Si l'offenseur est père de Chimène!
148
Stances de Polyeucte [Polyeucte, Acte IV. sc. ii]
SOURCE délicieuse, en misères féconde,
Que voulez-vous de moi, flatteuses voluptés?
Honteux attachements de la chair et du monde,
Que ne me quittez-vous, quand je vous ai quittés?
Allez, honneurs, plaisirs, qui me livrez la guerre:Toute votre félicité,Ainsi n'espérez pas qu'après vous je soupire.
Sujette à l'instabilité,
En moins de rien tombe par terre,
Et comme elle a l'éclat du verre,
Elle en a la fragilité.
Vous étalez en vain vos charmes impuissants;
Vous me montrez en vain, par tout ce vaste empire,
Les ennemis de Dieu pompeux et florissants.
Il étale à son tour des revers équitables
Par qui les grands sont confondus;Tigre altéré de sang, Décie impitoyable,
Et les glaives qu'il tient pendus
Sur les plus fortunés coupables
Sont d'autant plus inévitables,
Que leurs coups sont moins attendus.
Ce Dieu t'a trop longtemps abandonné les siens;
De ton heureux destin vois la suite effroyable:
Le Scythe va venger la Perse et les Chrétiens;
Encore un peu plus outre, et ton heure est venue;
Rien ne t'en saurait garantir;Que cependant Félix m'immole a ta colère;
Et la foudre qui va partir,
Toute prête à crever la nue,
Ne peut plus être retenue
Par l'attente du repentir.
Qu'un rival plus puissant éblouisse ses yeux;
Qu'aux dépens de ma vie il s'en fasse beau-père,
Et qu'à titre d'esclave il commande en ces lieux:
Je consens, ou plutôt j'aspire à ma ruine.Monde, pour moi tu n'as plus rien:Saintes douceurs du ciel, adorables idées,
Je porte en un coeur tout chrétien
Une flamme toute divine;
Et je ne regarde Pauline
Que comme un obstacle à mon bien.
Vous remplissez un coeur qui vous peut recevoir:
De vos sacrés attraits les âmes possédées
Ne conçoivent plus rien qui les puisse émouvoir.
Vous promettez beaucoup, et donnez davantage:
Vos biens ne sont point inconstants,
Et l'heureux trépas que j'attends
Ne vous sert que d'un doux passage
Pour nous introduire au partage
Qui nous rend à jamais contents.